NBA – Kevin Durant a Golden State

Le transfert de Kevin Durant à Golden State à l’intersaison a agité la planète et sans doute le monde du sport plus globalement. Cette migration de la star et « franchise player » d’OKC vers l’équipe du double MVP Stephen Curry, champion NBA il y a deux saisons et finaliste l’an dernier, suscite une multitude d’interrogations.

Certains salivent à l’avance, à l’idée de voir l’association KD-Curry, quand d’autres y voient le renforcement d’une équipe déjà ultra armée et l’affaiblissement de la concurrence.

Tout d’abord, la NBA a-t’elle toujours les vertus d’une ligue fermée ? Je m’explique. La ligue fermée a pour avantage d’assurer une équité sportive et financière entre les franchises, chose que n’offrent pas nos ligues ouvertes avec système de montées et de descentes. La « draft » et le « salary cap » sont censés offrir une égalité des chances aux 30 équipes de la Ligue. Les franchises les plus mal classées, ayant la possibilité de recruter les meilleurs joueurs universitaires ou non américains, peuvent ainsi se renforcer et devenir plus compétitifs. Mais que faire, quand ces premiers tours de draft et potentiels franchise player partent vers d’autres cieux, avant de porter leur franchise au sommet de la Ligue.

Kevin Durant le jour de la presentation du maillot de Golden state

Kevin Durant le jour de la presentation du maillot de Golden state

Une équipe ne se construit pas facilement et rapidement. Elle se bâtit autour d’un joueur star, auquel on ajoute un lieutenant et des soldats pour conquérir le titre. Michael Jordan, drafté en 84 et reconnu comme le meilleur joueur de l’histoire, n’a été champion qu’en 1991. Je ne crois pas que la NBA ait pour but de créer des Barca, Real Madrid, Bayern Munich, PSG et autres clubs de football de Premier League, pour que les équipes à moindre exposition comme Minnesota, Utah, Oklahoma deviennent le centre de formation des « gros marchés », comme cela peut se faire dans le modèle économique et sportif européen.

Le premier big three est apparu, il y a déjà 20 ans, quand Drexler, Barkley et Olajuwon s’étaient retrouvés réunis, sous le maillot des Houston Rockets. Si Drexler et Olajuwon venaient de décrocher un « back to back », l’arrivée de Sir Charles ne s’était concrétisée seulement par une finale de conférence Ouest perdue contre les Utah Jazz . Le choc provoqué par cette association d’étoiles était alors énorme à l’époque, à la sortie des années 80, qui avaient été fortement marquées par les grosses rivalités entre les grands joueurs. Il faut toutefois reconnaître, qu’avant de se réunir sous le maillot des Rockets, ces joueurs avaient déjà beaucoup bataillé pour leurs franchises respectives durant leur longue carrière.

Je peux comprendre, qu’il soit plus plaisant de jouer à Los Angeles ou à New York, plutôt qu’à Minnesota. La force médiatique et financière des « big market » ou le climat californien des Lakers ou floridien des Heat, peuvent être un argument de poids pour influencer un choix de carrière sportif et financier.

Dans le cadre de l’équité sportive et financière, la NBA a aussi crée le « salary cap », censé réguler la masse financière d’un club et éviter l’empilement de stars payées à prix d’or dans le même effectif, à l’instar de nos ligues européennes où les clubs les moins fortunées forment les joueurs pour grossir les rangs des clubs les plus riches.

Cependant, beaucoup de propriétaires préfèrent payer une amende pour dépassement de « salary cap », moins pénalisante que le fait de respecter le règlement.

Pour revenir au sportif et à la création de ces équipes de stars, si Houston avait frappé fort au milieu des années 90, Boston a également marqué les esprits en alignant Garnett, Pierce et Allen à la fin des années 2000. Dans notre décennie, LeBron James est associé à Kevin Love et Kyrie Irving, après être parti sous le soleil de Miami aux cotés de D-Wade quelques années plus tôt.

Malgré tout, la signature de KD aux cotés de Curry est un transfert avec un impact plus fort. C’est plus fort que l’association de deux All Stars. C’est l’association de deux MVP potentiels, auxquels on ajoute deux très forts joueurs, Green et Thompson.

Peut-être fais-je preuve de trop de romantisme, même s’il y a bien longtemps que j’ai réalisé, que le sport professionnel était devenu un vrai business et un métier à part entière, où l’amour du maillot et l’attachement au club ont moins d’importance qu’autrefois. Il est le reflet de notre société, où nous mèmes, travailleurs moins nantis, pouvons quitter notre entreprise vers des cieux plus rémunérateurs.

J’ai, toutefois, peur que la NBA perde de son intérêt et de sa passion, nés de grandes rivalités tels que les Bulls de Jordan contre les Pistons de Thomas ou de l’illustre combat Bird-Magic. Aurait-ce été aussi savoureux si ces deux légendes s’étaient associés sous le même maillot ? Je ne le crois pas.

Leurs joutes épiques ont eu pour effet de grandir leurs légendes respectives et ont associé leurs noms et leurs numéros au même maillot pour l’éternité.

Je précise que Durant n’était pas dans une équipe de bas de classement, qui galère depuis des années, mais dans une équipe luttant pour le titre. Il laisse, orphelin, un joueur extraordinaire, Russel Westbrook.

Solution de facilité ? Ceci amène un autre débat transversal. Durant est, certes un grand joueur, mais est-il un grand champion ?