Le Bashing dans le Football

Le bashing est un terme à la mode que l’on pourrait traduire par »lynchage médiatique ». C’est devenu un jeu, qui n’est plus seulement l’apanage des grands médias traditionnels, mais qui s’est étendu à la population entière grâce ou à cause, selon le point de vue, à la prolifération des réseaux sociaux.

Ces nouveaux médias, plus réactifs et interactifs, donnent la tendance aux gros médias traditionnels. Les sportifs les plus concernés par ce déferlement de rancœur, voire parfois de haine, sont bien sur les footballeurs, à cause de la popularité de leur sport et leurs revenus parfois astronomiques. Je ne suis pas là pour défendre le football, ni les footballeurs et ceux dont je vais parler ne sont pas forcément mes préférés, mais cela n’a aucune importance, car le but est de rester le plus objectif possible.

Les footballeurs sont victimes de leur succès médiatique et de l’argent qu’ils gagnent. Beaucoup de gens pensent que les footballeurs gagnent trop d’argent, envient peut être leurs situations et rêveraient pour certains d’être à leur place.

Alors certes, ils ne sont pas pompiers, cardiologues, ne sauvent pas des vies non plus et n’ont pour la plupart pas forcément fait de grandes études, exercice difficilement compatible avec la réussite dans le métier de sportif professionnel, quel qu’il soit. De plus, ils exercent leur profession dans un pays où gagner beaucoup d’argent est plutôt tabou et pas forcément bien vu.

Ces sportifs ne volent pas leurs revenus. Ils sont le fruit d’une économie qui génère beaucoup d’argent et il est normal qu’ils en tirent les dividendes. Ils sont certes, très très bien payés, mais ne gagnent pas tous 15 millions d’euros par saison comme Zlatan au PSG. Je rappelle qu’une carrière dure 10 à 15 ans dans le meilleur des cas.

Après, il faut penser à la reconversion et tous n’ont pas le talent ou la notoriété pour devenir consultant ou entraîneur. Attention, nul n’est mon intention de les plaindre, mais le discours ne devrait-il s’orienter sur le fait qu’il y a peut être trop d’argent dans ce sport. Je suis personnellement beaucoup plus choqué quand un grand dirigeant d’entreprise se fait licencier pour cause de bilan médiocre, entraînant des licenciements de « smicards »et part avec un « parachute doré » de 50 millions d’euros d’indemnités.

Le dernier cas de bashing en date est celui de Serge Aurier. On peut aimer ou détester le personnage, auquel on peut prêter parfois des dérapages en dehors du terrain. Personnellement, permettez-moi de trouver quelque peu démesurés les propos de Guy Roux, lorsque je l’entends parler de prison pour Aurier, après l’affaire « périscope » .

Serge Aurier, victime de bashing apres l'affaire periscope ?

Serge Aurier, victime de bashing apres l’affaire periscope ?

Aurait-il du etre mis à côté des braqueurs de banques, des violeurs d’enfants pour avoir manqué de respect à son entraîneur et à quelques uns de ses coéquipiers ? Ce raisonnement par l’absurde pour montrer le ridicule des proportions prises d’une telle affaire.

Aurier étant devenu l’ennemi public numéro 1, quelque chose de grave dans le traitement et la hiérarchisation de l’information s’est produit récemment. Lors d’un match qualificatif de son pays de la Côte d’Ivoire contre le Mali, il a sauvé la vie d’un joueur adverse en le mettant en position latérale de sécurité et en l’empêchant d’avaler sa langue.

Cette information a été en partie passée sous silence, puisque je ne l’ai su pour ma part, que quelques jours plus tard. Une information donc, totalement éclipsée par la célébration d’un but par un geste peut-être pas si grave que çela , mais qu’on pourrait qualifier éventuellement d’un peu stupide.

Quel est le plus important dans la vie ? Sauver la vie d’un homme ou faire un geste inapproprié lorsqu’on célèbre un but ? Y a-t-il pas plus belle acte de bravoure que de sauver la vie d’un homme sur le terrain ? Un geste noble vite éclipsé par la réputation du joueur depuis un an.

Je pense également à Benzema. Un joueur, qui voit chacune de ses déclarations décortiquées, analysées et interprétées. La rançon de la gloire ? Sans doute. Même si l’homme n’a pas toujours été adroit dans ses déclarations et l’image qu’il renvoie en dehors peut parfois agacer, ses performances sur le terrain ne doivent elles pas être le centre de la discussion ?

Benzema

Benzema

Critiquable, comme tout à chacun, ce monsieur a t’il le droit de ne pas chanter la Marseillaise avant le coup d’envoi ? Michel Platini le faisait également bien avant lui, sans que cela ne provoque une polémique. Ce monsieur peut-il cracher pendant l’hymne sans que cela ne soit interprété comme un manque de respect à la patrie ?

Je vous assure, que celui qui écrit ces lignes, est très loin d’être le plus grand fan de Benzema, mais est encore moins fan des procès gratuits et du climat nauséabond qui peut parfois les entourer. On dit souvent que le football est le reflet de notre société et il est difficile de contredire ce raisonnement.

La preuve en est, quand on voit comment les hommes politiques peuvent habilement prendre part au débat footballistique. J’ai compris l’acharnement médiatique après l’épisode de l’Afrique du Sud. En effet, ils se sont mal comportés. Sans démagogie aucune, nous avons tous été choqués de voir ces « millionnaires » refuser de s’entraîner, pire de se mettre en grève. A ce moment là, oui, les « millions » se font fait sentir, car jouer en Equipe de France, c’est une chance et c’est aussi représenter les français. Beaucoup de « smicards » ont pu être déroutés par cette attitude et je les comprends.

Si le comportement des joueurs m’a déçu, j’ai trouvé la récupération politique de l’évenement par la classe dirigeante vraiment nauséabonde et opportuniste. Je pense notamment à Madame Roselyne Bachelot, qui deux jours avant le match décisif (qui pouvait encore sauver ce qui pouvait encore l’être) avait vu dans les yeux des joueurs qu’ils regrettaient sincèrement leur attitude… puis un jour après la déroute, révoltée, elle se déchaînait à l’assemblée en parlant de « caïds immatures » et de « joueurs apeurés » et j’en passe…Le discours change en trois jours. Voici comment une affaire de football était devenue une affaire d’état.

Et quand Monsieur Valls intervient publiquement dans l’affaire Benzema, en spécifiant que pour jouer en Equipe en France, il fallait etre « irréprochable » Je pense sincèrement que le premier ministre a bien d’autres problèmes plus grave à gérer dans notre pays qu’une affaire de sextape dans le football. De plus, quand nos élus (sans tomber dans le « tous pourris, tous corrompus ») demandent un devoir d’exemplarité, cela peut paraître choquant, car ces derniers sont très loin d’être irréprochables dans leur propre domaine.

Je pense que l’homme politique est peut être également un peu jaloux du footballeur. Celui-ci n’est pas sorti diplômé de l’ENA, mais gagne très bien sa vie pour autant et jouit surtout d’une popularité auprès des français, dont il se satisferait aisément.

Nous ne sommes pas sans savoir que l’homme a ses faiblesses et que l’homme commet des erreurs. Pourquoi serait-il plus facile de pardonner à l’un qu’a l’autre ? Le footballeur a-t-il un devoir d’exemplarité plus que tout autre? Combien de professionnels et combien dérapent? Quel pourcentage ? Quel milliardaire, multi- millionnaire, capitaine d’industrie, rock star, pop star, toute personne ayant simplement réussi financièrement dans la vie, ne se comporte pas parfois avec excès ? Le problème est-il vraiment de gagner beaucoup d’argent où plutôt la manière dont il peut être exhibé ? Le débat dérape parfois et s’engage malheureusement sur le terrain social, culturel et reflète les maux de notre pays. Les performances ne doivent-elles pas ne se juger que sur le terrain ?

Zidane pourrait être absout de son coup de tête le lendemain par le président Chirac, tandis que Benzema subirait les foudres de Manuel Valls. Le premier ministre, resté d’ailleurs muet, lorsque Karabatic sous le coup d’une procédure judiciaire dans l’affaire des « paris truqués », était toujours capitaine de l’équipe de France de handball. Je précise que l’aura de Karabatic dépasse largement le cadre de son sport.

Le footballeur, bouc émissaire idéal ? La notoriété ne comporte pas que des avantages et il est normal d’en subir aussi les inconvénients, car sans la popularité de leur sport, ces athlètes ne gagneraient pas autant d’argent. Toutefois, comprenez bien que tout que tout travail mérite salaire et que si je faisais gagner des millions d’euros à mon patron, j’aimerais également en tirer les bénéfices.

De plus, s’il était si facile de devenir footballeur, pourquoi ne nous le serions pas tous ? C’est un milieu très concurrentiel avec beaucoup d’appelés et peu d’élus. Je ne pense pas que ce soit le plan de carrière de tous les français et rien ne nous oblige à suivre ce sport. Par contre, nous avons le droit des les critiquer, à partir du moment où leur attitude est critiquable. Ils ne doivent pas devenir le miroir de nos frustrations.

Dans ce monde moderne, où tout va si vite, la foule est versatile et l’on peut très vite passer de héros à paria. Continuons donc, d’aimer ce jeu, qui nous procure des émotions depuis notre jeunesse en tant que joueur et spectateur, nous réunit socialement devant un match, alimentent nos débats (virulents, passionnés, pas toujours objectifs) entre amis et non moins supporteurs. Surtout, gardons nous bien de briser cette fine pellicule qui nous sépare de la rancœur, la frustration, la stigmatisation, voire la haine pour certains.