FEDERER : A L’EPREUVE DU TEMPS

Il est de ces champions qui banalisent l’exploit, rendent l’extraordinaire ordinaire et se réinventent en permanence. Cette volonté de progresser, cette intarissable soif d’apprendre alors que l’on a déjà tout connu, tout gagné, font de ces sportifs des êtres d’exception. Tout a sans doute déjà été écrit, été dit sur Roger Federer, qui a depuis bien longtemps dépassé le cadre de son sport, mais ce qu’il réalise depuis le de l’année mérite largement d’être mis en lumière. Roger (permets-moi de t’appeler ainsi au regard du nombre d’années que je te suis) réalise à bientôt trente six ans un début de saison extraordinaire et non moins inattendu. Les lignes qui vont suivre tenteront, au prix d’un immense effort, d’être les plus objectives possibles.

fed2Federer est devenu le plus vieux vainqueur du Masters 1000 d’Indian Wells et le plus plus vieux vainqueur d’un Masters 1000 plus globalement. Une nouvelle ligne ajoutée à un palmarès déjà conséquemment fourni et un record de plus parmi la longue liste qui l’amène vers la postérité de son sport et du sport en général. La question de la présence de Roger Federer dans le panthéon tennistique n’est plus contestable depuis très longtemps, mais son appartenance au club fermé des plus grands athlètes de tous les temps, tous sports confondus, est plus que justifiée. A quelle place, c’est un autre débat.

Un champion, ce sont des titres, un grand palmarès, mais pas uniquement. La dimension humaine et la dramaturgie prennent une part non négligeable dans la construction de la légende. On se demandait tous dans quel état allait revenir le Suisse après sa première grosse blessure, l’an dernier à 35 ans. Au vu de son début de saison, on constate que ce temps de repos forcé lui a permis de se régénérer sur le plan physique et mental. Bien qu’en phase de reprise, avec peu de certitudes sur le plan physique, Roger a paru plus relâché dans son jeu. Les deux matchs, qui symbolisent le plus cette décontraction sont les rencontres qui l’ont opposé à son meilleur ennemi, Rafael Nadal. Si la première fut acquise au terme d’une lutte âpre et intense, la seconde ne souffrit, à la surprise générale, d’aucune contestation. Plus que le score sans appel de 6/2, 6/3, c’est la manière qui a laissée les observateurs ébahis. Dans cette partition de tennis, il y a un aspect précis du jeu qui a retenu l’attention plus que les autres. Le Suisse était dominée sur la diagonale de revers depuis des années et le lift giclant de l’espagnol ressemblait plus que jamais à une équation insoluble. La position moyenne de l’Helvète pour jouer son revers se trouvait cinquante centimètres à l’intérieur du court. Incroyable !

imagesOn entend déjà les voix qui s’élèvent en affirmant que ce n’est plus le même Nadal, donc plus le même lift par conséquent. C’est un argument qui se défend, mais est-ce le même Federer qu’il y a cinq ou dix ans, sûrement pas. Ceux qui pratiquent et connaissent un tant soit peu le sport savent que le déclin physique est inéluctable, au contraire de la technique et de l’expérience. Alors, on ne peut que nourrir quelques regrets en pensant qu’il aurait pu jouer de cette façon plus tôt, sans que cela ne lui garantisse le succès au vu de la prise de risque que cela engendre. Mais au moins, nous n’aurions pas assister à ce permanent pilonnage de revers, qui emmenait le Suisse vers une inexorable défaite. Federer vient pour la première fois de carrière de battre Nadal trois fois de suite, dont deux fois cette année. Une fois cet exploit réalisé, la route s’est sérieusement dégagée jusqu’au titre. Le Suisse bénéficiant du forfait de Kirgyos en quart, puis Sock et Wawrinka ne parvinrent pas à lui prendre un set respectivement en demi et en finale.

Honnêtement, si l’on avait annoncé début janvier que Federer serait premier à la Race et sixième mondial le 27 mars, peu d’entre nous l’aurait cru, même parmi ses plus fervents supporters. Mais voilà, le Balois est de cette race de champions qui perdurent dans le temps et qui le défient. Quid de l’avenir. Si Roger continue de jouer à ce niveau, il n’y a pas de raison qu’il ne soit pas dans la discussion pour la victoire finale en Grand Chelem et en Masters 1000. Toutefois, Roland Garros semble trop éprouvant physiquement pour lui et il fera sûrement l’impasse sur un masters 1000 de terre battue. Wimbledon reste son jardin et si son corps le lui permet, il sera un des grands grands favoris du tournoi. Tel le phénomène des vases communicants, viennent s’ajouter au renouveau du Suisse, les méformes physiques et tennistiques de Murray et de Djokovic. Cela augure d’une saison passionnante avec des tableaux ouverts, aucun joueur ne paraissant imbattable.

indexJusqu’au Federer repoussera t’il ses limites ? Quelle nouvelle page d’histoire s’apprête t’il à écrire ? Nul ne le sait, mais le tennis a toujours paru plus facile pour ce génie de la petite balle jaune. Savourons d’abord, ce sympathique et non moins dangereux troisième tour à Miami contre Del Potro, joueur qui l’a souvent contrarié. Et comme on peut parfois le lire dans les gradins : « SHHH !! Genius at work »