LE CHOC DES CULTURES

L’Amérique représente pour beaucoup d’entre nous le pays de tous les possibles, alimenté par le mythe du « self made man », parti de rien et arrivé au sommet. Les États-Unis produisent énormément de très grands champions, dû en partie à un bassin de population important et à une culture sport très présente dans le pays. Bien sûr, l’argument démographique n’explique pas à lui tout seul cette réussite, autrement un pays comme l’Inde dominerait le sport mondial dans ses grandes largeurs. L’esprit de compétition est présent dans le sport dès le plus jeune âge et très répandu dans tous les autres domaines de la société américaine. La culture de la gagne, la volonté d’être le meilleur et cette incroyable confiance en soi prennent une part importante dans cette réussite. Malgré cela, tout n’est pas forcément bon à prendre et la fine pellicule qui sépare la confiance en soi de l’arrogance peut facilement être brisée. Certaines attitudes peuvent irriter, agacer voire choquer. Les roulements d’épaules de Maurice Green, Tim Montgomery et consorts et les célébrations de ces sprinters US après la victoire en énervaient plus d’un dans les années 2000. Les célébrations du jamaïcain Usain Bolt paraissent moins prétentieuses et plus bon enfant, ce qui rend bien évidemment moins agaçante sa totale domination sur le sprint mondial depuis des années.
Pour une meilleure comparaison, restons dans le milieu de l’athlétisme.Les athlètes africains et plus particulièrement les athlètes éthiopiens et kenyans dominent le fond et le demi-fond mondial depuis des décennies et ont repoussé les limites chronométriques de ce sport jusqu’à des niveaux jamais égalés. Toutes ces victoires et ces records du monde fêtés dans la joie avec classe et humilité.

Avouons-le, celui qui domine agace toujours un peu plus que le second et surtout quand il représente la première puissance économique mondiale.Il y a peut être dans l’inconscient collectif, un rejet et une admiration pour le pays de l’Oncle Sam. C’est ce qu’on peut appeler le choc des cultures. Notamment, si l’on commence la comparaison avec nous, français et notre appréhension vis-à-vis de la définition de nos objectifs personnels. Marie-José Pérec affirmait être sûre d’une chose, les sportifs américains sont dopés… à la confiance. Cette propension, à l’aube d’une carrière prometteuse, à se fixer un objectif très haut et de se donner tous les moyens pour l’obtenir peut faire grincer beaucoup de dents dans notre beau pays, la France. Il y a 20 ans Tariq Abdul-Wahad, anciennement Olivier Saint-Jean fut le premier Français à arpenter les parquets de la NBA, mais il n’avait pas un rôle extrême extrêmement important dans son équipe. Et lorsqu’ un jeune homme très précoce de 17 ans répondant au nom de Tony Parker, qui jouait déjà en première division française à cet âge, annonçait vouloir rejoindre rapidement la NBA et y jouer un rôle important, ce dernier n’est-il pas passé pour un prétentieux et un arrogant. Dans le microcosme du basket et du sport national en général, cela a été plutôt perçu ainsi. Le jeune homme, de père américain, avait juste placé haute, la barre de ses ambitions et se sentait le potentiel pour réussir. Nous connaissons maintenant, à l’aube de sa fin de carrière, les résultats de cette mentalité (3 bagues de champion, ainsi qu’un titre de MVP des finales et plusieurs sélections All-Star). Pour survivre et s’imposer dans ce milieu très difficile et très concurrentiel qu’ est la NBA, il faut plus que du talent. Il faut une grande force mentale.

Tony Parker

Tony Parker

Arrogance, prétention, conscience de ses capacités, croyance excessive en ses moyens ? Discours pionner dans le pays de la culture du « Poulidor », du « magnifique second ». ? Rappelons qu’en 60 ans de football, nous n’ avons gagné qu’une seule Ligue des Champions et une coupe de monde, ainsi qu’un seul Grand Chelem en tennis.

Cependant, les réussites de l’Olympique de Marseille, de l’équipe de France de football, de handball et de joueurs comme Tony Parker, ont décomplexé le sport français. Dernièrement, le jeune tennisman Lucas Pouille a annoncé qu’il souhaitait gagner un Grand Chelem dès l’année 2017. Cela peut paraître présomptueux et cela n’arrivera peut-être pas, parce que sans doute un peu tôt. Mais pourquoi ne pas se fixer des objectifs un peu plus haut lorsqu’on est déjà 16e mondial à son âge ? De plus, il a établit une structure autour de lui, s’entraîne à Dubaï, tente de mettre de son coté tous les atouts nécessaires à sa réussite.  Le manque d’ambition n’a t’il pas été le mal des sportifs français durant toutes ces années? Rendre l’impossible possible. Sans lui manquer de respect, si Adrian Mannarino avait fixé ces objectifs là, bien entendu, cela aurait ressenti comme de l’arrogance ou comme de la plaisanterie.

Adrian Mannarino

Adrian Mannarino

La volonté d’arriver et de bousculer l’ordre établi, n’ est-elle pas une bonne chose? Bien sûr, il faut connaître ses limites et son potentiel, toutefois viser les étoiles n’est pas interdit. Afficher des ambitions n’est pas forcément incompatible avec de l humilité. Évidemment,  il n’y aura toujours qu’un seul numéro 1. Et pour le devenir, il faut tout simplement déjà le vouloir.